Les OGM et les sciences

Notre compréhension du monde dépend de notre relation aux sciences. Il y a, en fait, une relation bidirectionnelle entre les avancées scientifiques et technologiques et l’ensemble de nos connaissances. Malheureusement, trop de gens ignorent même les préceptes les plus fondamentaux de la pensée scientifique, se vantant même parfois de cette ignorance, comme si c’était plus « cool » de ne rien connaitre aux sciences et aux mathématiques que d’en être esclave. Triste constat d’une société qui se dit évolée, mais qui refuse trop souvent de reconnaître les préceptes fondamentaux de cette évolution.

Évidemment, les scientifiques qui tentent de convaincre les gouvernements d’agir au sujet du réchauffement planétaire ne savent que trop bien à quel problème nous faisons face. Nos élus continuent de nier les preuves scientifiques et continuent à nous enfoncer plus profondément dans un goufre duquel il nous sera très difficile de sortir. Mais quand notre ministre fédéral de la science et des technologies laisse ses croyances religieuses influencer sa vision des préceptes de la science (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2009/03/18/001-Goodyear.shtml), il ne faut peut-être pas s’étonner du manque de progrès dans ces dossiers.

Mais ce ne sont pas toujours les gouvernements qui ont tort. J’ai eu la chance, récemment, de découvrir une vidéo (merci, Stéphane, @esseleblanc, du partage) dans laquelle Mark Lynas prononce une allocution au Oxford Farming Conference (http://www.marklynas.org/2013/01/lecture-to-oxford-farming-conference-3-january-2013/). M. Lynas était un des grands leaders des mouvements anti-OGM (organismes génétiquement modifiés) au milieu des années ’90. Dans son discours, il s’excuse d’avoir mené, pendant toutes ces années, un combat qui ne reposait sur AUCUN appui scientifique. Il réalise maintenant que sa lutte reposait sur de faux arguments, et que de poursuivre ce combat serait irresponsable et dangereux.

Ce qui me préoccupe, c’est que les gens ont tendance à s’accrocher à des « théories » fondées sur la peur, la panique, la conspiration. On a tendance à croire facilement que les grosses corporations sont méchantes, immorales et déloyales. Or, même en l’absence de preuves scientifiques, l’opposition aux OGM risque de continuer à être aussi forte. Désolant… Comme si la science ne servait plus à rien. Parce qu’on ne sait plus ce qu’est la rigueur scientifique, ou la démarche scientifique; parce qu’on ne connaît pas le principe du fardeau de la preuve; parce que plusieurs ignorent qu’on ne peut pas prouver une négation… à cause de cette ignorance globale, nous risquons de faire reculer notre civilisation de plusieurs pas (un bel article à ce sujet – long, mais brillant: http://www.boston.com/bostonglobe/ideas/articles/2010/07/11/how_facts_backfire/).

Je ne peux que souhaiter que le bon sens finira par triompher, que la science reprendra un jour sa place au sommet des valeurs humaines, et que nous saurons réaliser de réels progrès, avec un oeil sur la qualité de vie des humains d’aujourd’hui et de demain…

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5 réflexions au sujet de « Les OGM et les sciences »

  1. Le recule de la pensée scientifique, du moins de l’esprit critique ou de l’approche dialectique, n’est pas l’oeuvre des politiciens, mais celle des prostitués intellectuels: ces pseudo-scientifiques enclins à trouver ce que leurs bailleurs veulent qu’ils trouvent, sont prêts à tout. Il fut un moment où les scientifiques de renom avaient prouvé que fumer de la cigarette n’avait pas grand lien avec le cancer du poumon. Les pseudo-scientifiques ont plus de chance à convaincre la société de leur théorie souvent bien médiatisée. Étant donné que les arguments économiques ont plus de poids de nos jours que ceux intellectuels, ces scientifiques, par ricochet leurs bailleurs, ont encore plus de beaux jours devant eux.

  2. Intéressante réflexion, Jean. Ce qui vient confirmer l’importance du rôle que nous avons à jouer comme enseignants. Nous devons travailler à former des jeunes qui savent réfléchir, questionner, critiquer, qui comprennent la différence entre la science et la pseudo-science. Un monde hyper-médiatisé vient compliquer le tout, et c’est pourquoi il faut cesser de nous isoler dans nos tours d’ivoire scolaires et prétendre que ces sources d’information n’existent pas. Vivement un monde scolaire où nous préparons plus efficacement nos élèves à savoir interpréter correctement le monde qui les entoure, plutôt que de gober tout ce qui est dit par ceux qui parlent plus fort (ceux qui ont le plus d’argent!).

  3. Excellent billet! Content que tu t’es mis à rédiger un blogue.

    Si tu as l’occasion de mettre la main sur le dernier numéro de la revue l’Actualité (février 2013. Oui, on est dans le futur!), il y a une excellente entrevue avec le sociologue des sciences, Yves Gingras, sur les conséquences catastrophique de l’idéologie conservatrice sur la démolition des institutions scientifiques au Canada. Un texte intéressant et important, surtout pour parce que M. Gingras s’assure de bien ajouter une dimension historique pour que le lecteur comprenne mieux le contexte du déclin.

    Un texte à lire.

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