Oui, je suis féministe!

En fait, je ne comprends même pas comment on peut ne pas être féministe… Je crois à l’égalité, à l’équité, au respect de l’humanité fondamentale de toutes et de tous. Comment ne pas y croire? Comment ne pas se battre pour ça?

Ce que je déplore, c’est la connotation négative que certains associent au mot « féminisme ».

(Avertissement: je suis TRÈS LOIN d’être un expert en la matière, et je comprends que le féminisme puisse prendre plusieurs formes)

En fait, pour avoir peur du féminisme, ou pour ne pas embrasser la cause, il faut soit ne pas comprendre ce que ça veut dire, soit se sentir menacé par l’émancipation des femmes trop souvent écrasées. Je suis dégoûté par ces hommes assoiffés de pouvoir machiste qui préféreraient de « bonnes p’tites femmes qui connaissent leur place ». Je déteste partager le genre de gorilles qui distribuent les insultes dégradantes déguisées en compliments comme s’ils rendaient service aux femmes en les graciant de leur testostérone pullulante!

Je déteste ça parce que, quoique loin d’être exemplaire moi-même, je ne corresponds pas à ce modèle du mâle dominant. Je n’y comprends rien! J’ose croire que je n’empoisonne pas l’univers des femmes que je côtoie à grands coups de « Souris donc, ma belle! ». Je sais que les forces sociales sont puissantes, et que les apprentissages indésirables sont sournois, mais je ne vois pas comment un homme en vienne à croire qu’il se rend désirable en se comportant comme un esclavagiste face aux femmes qu’il voudrait soumises et dociles. Coudonc, y’a-tu juste moi qu’a pas besoin de dominer pour bander?

Oui, je suis féministe. Je tente de me faire allié des femmes, et des hommes qui soutiennent leur combat. Oui, je sais, pour l’avoir trop souvent entendu, que les femmes subissent des injustices, des dégradations, des abus, à un rythme qui vient invalider pratiquement tout ce qui fait de nous une « civilisation ». Mais je n’ai plus le goût de simplement en parler. Je veux – je dois – agir. Mais ça veut dire quoi? Que puis-je faire, concrètement, pour réellement appuyer le féminisme?

Moi, j’ai pris la décision de prendre position plus souvent. De dénoncer les gestes et les paroles que je trouve dégradants envers les femmes. J’élimine de ma liste d’amis Facebook des gens qui semblent prendre plaisir dans l’humour bête et facile du guidounage. Je réponds par la corrective aux hommes qui jouent la carte de « pas tous les hommes » (le #notallmen est devenu un mot-clic célèbre) pour minimiser la misogynie, comme si leur position personnelle de respect des femmes qui les entourent venait annuler les tonnes d’abus et d’intimidation qui empoisonnent notre monde. Je prends position publiquement pour des causes, des événements, qui viennent appuyer les luttes menant à l’égalité, à l’équité.

Je veux aussi agir quand je suis témoin d’actions irrespectueuses, dégradantes. Mais j’ai vécu récemment un incident qui me confirme que c’est encore très difficile de se tenir debout devant ce genre d’homme. Dans un restaurant, tard en soirée, un groupe de 8-10 hommes soupent, jasent bruyamment et prennent un coup – rien de bien énervant là. Mais lorsqu’ils décident de quitter, la serveuse vient régler leurs additions. S’ensuit alors une série de moments qui, pour nous spectateurs, et surtout pour la pauvre serveuse, escaladaient dans l’inconfort et le désagréable. Certains fêtards se faisaient particulièrement « colleux », mettant un bras autour de la serveuse, lui demandant pour une pose-photo, l’un d’eux déposant même un baiser sur sa joue.

Je bouillais. Je sentais le désagrément de la serveuse, qui aurait visiblement tout donné pour être ailleurs. Mais je suis demeuré cloué à ma chaise. Dépité qu’aucun des membres du groupe n’ait cru bon intervenir auprès de leurs camarades – et il est là, le vrai problème – pour arrêter ces comportements déplacés et inacceptables, je me sentais le devoir de m’interposer. Mais la peur d’être accueilli à la sortie du restaurant par ce groupe assoiffé de me montrer qu’ils étaient de vrais hommes m’a empêché de me lever. Pissou? Mets-en! Je n’arrête pas de revenir sur cet incident. Mon manque de courage a prolongé le calvaire de cette jeune dame. Certes, nous lui avons par la suite manifesté notre sympathie, et je lui ai offert un très généreux pourboire (parce que l’argent règle tous les problèmes, pas vrai?), mais j’aurai toujours le regret de ne pas avoir été à la hauteur de mes ambitions…

L’affaire Jian aura, à tout le moins, eu le mérite de mettre le problème à l’avant-plan. Davantage de femmes semblent sentir la possibilité de parler des abus subis sans être presque certaines de se faire ridiculiser, ou ostraciser. La clé, toutefois, réside dans l’adjonction des hommes à ce combat essentiel. Messieurs, il est grand temps que nous soyons féministes. Et de grâce, ne le faites pas parce que « ça pourrait être votre mère, votre soeur, votre amoureuse, votre fille ». Non, maudit! Faites-le parce que les femmes ont tout autant droit au respect de leur liberté et de leurs droits que les hommes. Faites-le parce que vous refusez d’être un monstre! Faites-le parce que, loin d’avoir peur que des femmes fortes ne viennent menacer votre virilité, vous êtes, comme moi, excités à l’idée de partager un monde où les femmes ont l’occasion de s’accomplir, de s’éclater, sans peur de se faire réduire à une paire de boules! Faites-le parce qu’il est grand temps de devenir humains…

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