#Jesuisrightfier

Bon… ça aura pris une controverse linguistique pour que je me remette à bloguer. Eh ben!

Depuis quelques jours, Twitter, Facebook et le reste des médias sont enflammés de réactions, contre-réactions et tergiversations autour du choix de l’expression « Right fiers! » comme slogan pour la tenue éventuelle des Jeux de la francophonie canadienne à Dieppe/Moncton en 2017.

Les jeunes qui ont choisi ce slogan l’ont évidemment fait pour refléter la réalité linguistique propre au Sud-Est du Nouveau-Brunswick. Ils savaient sûrement que leur décision ne ferait pas l’unanimité, un grand nombre d’Acadiens vouant une hantise bien ancrée au chiac. Pas besoin de parcourir les médias – sociaux ou traditionnels – bien longtemps pour trouver les critiques virulentes.

Et comme argument principal brandi par les opposants, l’éternel refrain que le chiac mène à l’assimilation. Et pourtant, cette affirmation qui perdure n’a de fondements que l’opinion des Acadiens non-chiacs qui y voient une irruption de l’anglais dans leur château-fort. Qu’en est-il en réalité de ce présumé vecteur d’assimilation?
En fait, aucune recherche n’est arrivée à tisser de lien entre l’usage du chiac et l’assimilation. Plusieurs chercheurs soulignent même le fait que l’utilisation du chiac par les Acadiens du Sud-Est du N.-B. représente un geste de résistance. Évidemment, l’intrusion de mots et de structures de phrases tirés de l’anglais dans notre parler Acadien a de quoi inquiéter. Pourtant, ce parler local existe depuis fort longtemps, et le français n’en est pas pour autant mort à Moncton.

En fait, il existe des preuves que le chiac ne tue pas le français. Un bref coup d’œil aux résultats des élèves de la province aux évaluations en français administrées par le Ministère de l’éducation et du développement de la petite enfance permet de constater qu’à l’évaluation de français de 8e année, les élèves du District scolaire francophone-Sud (DSF-S) affichent un taux de réussite tout-à-fait dans la moyenne provinciale, alors qu’ils se situent au-dessus de la moyenne provinciale à l’examen de 11e année. Et ces résultats se maintiennent même si on s’attarde aux écoles du Grand Moncton seulement. Si le chiac menait à la mort du français, les jeunes du Grand Moncton n’obtiendraient-ils pas de pires résultats aux évaluations externes de français que les élèves de la Péninsule Acadienne, ou du Madawaska? Hmmmm…

Alors, il est où le problème? Selon moi, il y a surtout de l’incompréhension. La démonisation du chiac est devenue tellement automatique que peu nombreux sont ceux qui se penchent réellement sur la question. Ce que trop de gens semblent ignorer, c’est tout le travail qui se fait dans les écoles, tant dans les cours de français que dans les autres matières, de même qu’en contexte d’activités sportives et parascolaires.

J’ai une position privilégiée dans ce domaine, puisque je côtoie des jeunes francophones de Moncton tous les jours dans mon rôle d’enseignant de mathématiques au secondaire. Ce que je constate, c’est qu’ils sont de mieux en mieux outillés à comprendre la distinction entre le français local et le français normatif. Trop longtemps, le système a bûché sur le chiac à grands coups de « vous parlez mal! ». Heureusement, le discours actuel de la part de la grande majorité des éducateurs est imprégné d’une meilleure compréhension de la réalité. Le chiac fait partie du parler familier des élèves, et quand on leur enseigne le comment et le pourquoi – ce que l’on fait beaucoup -, ils savent reconnaître les moments où il est préférable de faire appel à un français plus standard.

Je n’ai pas fait partie du processus de création du logo ou de la sélection du slogan. Mais je suppose qu’en choisissant « Right fiers! », le comité organisateur a voulu interpeler les jeunes de Dieppe/Moncton, les inviter à faire partie de l’aventure. J’ose croire qu’ils ont aussi voulu dire au reste de la francophonie canadienne : « Chez-nous, il y a une grande fierté de qui nous sommes, de ce que nous savons faire, et nous avons le goût de vous recevoir dans notre coin d’Acadie de façon authentique! »

Est-ce qu’il aurait été possible de choisir un slogan sans mot anglais? Sûrement. Même si les bons slogans, ça ne court pas les rues… Mais l’usage du mot right, dans ce cas-ci, n’est qu’un simple reflet d’une expression très largement utilisée – et pas seulement par les jeunes.

En fait, ce qui est réellement dommage dans toute cette histoire, c’est qu’elle ait dérapé vers un clivage jeunes/vieux. Et j’avoue être tombé dans le panneau aussi. Il est vrai que la majorité des frustrés face au slogan sont… disons… plus expérimentés, mettons. Et que ceux qui défendent la décision sont… ben… plus proche de leur premier permis de conduire que de leur pension de retraite!

Mais cette généralisation fausse le débat. Et il y a des moins jeunes qui semblent comprendre la nature des enjeux. René Légère, Directeur du Centre culturel Aberdeen (et jusqu’à récemment, Président de la Société nationale de l’Acadie), écrivait sur Facebook :

J’aime ce slogan; il me parle, il me fait réfléchir, il me fait réaliser que nous appartenons à une communauté unique, il m’amène à vouloir travailler davantage sur « le mieux vivre ensemble », avec les multiples communautés qui forment aujourd’hui ma communauté acadienne. Je crois que nous aurions avantage à accompagner les jeunes dans la réalisation de leurs plus beaux rêves plutôt qu’à leur taper dessus à chaque fois qu’ils font les choses différemment.

Il y a un peu plus d’un an, Jean-Bernard Robichaud, ancien recteur de l’Université de Moncton, répondait aux nombreuses flèches que le journal Le Devoir semblait se plaire à envoyer à notre parler Acadien, en disant :

Le franglais de la région de Moncton ne mène pas à l’anglicisation. C’est une langue de résistance. Sinon, pourquoi les Acadiens du sud-est du Nouveau-Brunswick continueraient-ils à le parler ? Ils seraient tous assimilés, ils seraient tous anglophones et on n’en parlerait plus. Non, au contraire, le chiac est identitaire, il existe pour distinguer cette communauté de la majorité anglophone.

Comme quoi les questions linguistiques ne sont pas chose nouvelle chez-nous, et ne disparaîtront probablement pas de sitôt. Dans ce présent dossier, je continue de croire que le slogan s’adresse aux jeunes, qu’il a été créé par des jeunes, et que ça devrait être eux qui déterminent la validité de leur choix. Je ne dis pas que les plus vieux ne devraient pas émettre d’opinion sur le sujet, mais plutôt qu’ils devraient éviter les insultes et les tons outragés qui continuent à alimenter une insécurité linguistique omniprésente chez cette jeunesse. En fait, la vraie menace au français de l’Acadie du Sud-Est, ce n’est peut-être pas tant le chiac que les remontrances trop nombreuses des autres Acadiens, qui trop souvent n’y comprennent rien…

De mon côté, je suis sans crainte que les mêmes personnes qui se sont arrêtées sur « Right fiers! » comme slogan sauront organiser des Jeux de la francophonie canadienne fidèles aux objectifs de ce type de rassemblement : réunir des jeunes de partout au pays afin qu’ils s’amusent, qu’ils se dépassent, qu’ils s’accomplissent, qu’ils apprennent et qu’ils se découvrent EN FRANÇAIS!

Comme d’autres que moi ont mis de bien meilleurs mots sur cette controverse, je vous invite à les lire :

Alexis Couture : http://astheure.com/2016/02/05/jeux-de-la-francophonie-canadienne-2017-un-slogan-par-et-pour-les-jeunes-alexis-couture/

Annie Desjardins : http://astheure.com/2016/02/05/moi-jsuis-right-fiere-annie-desjardins/

#Jesuisrightfier

Publicités

2 réflexions au sujet de « #Jesuisrightfier »

  1. Moi, je ne savais pas quoi en penser jusqu’à ce que j’entende des prêtres de la langue se dire « SCANDALISÉS » pour savoir que je suis right moins ambivalente que je pensais. Tant mieux pour les jeunes qui ont le courage de leurs convictions!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s